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Industrie6 min

Réindustrialiser sans relocaliser : la voie étroite de l’industrie suisse

Ramener des volumes en Suisse est rarement la bonne réponse. Densifier la valeur de ce qui y est déjà produit, presque toujours.

Nina Rüegg

Associée principale·Zurich

Chaque cycle politique ramène la même tentation : rapatrier la production. Pour un industriel suisse, le calcul est vite fait — un point de coût salarial y est parmi les plus chers d’Europe. Relocaliser des volumes standards, c’est presque toujours importer une perte de marge.

La question utile n’est pas « où produire », mais « quelle part de valeur capter là où l’on produit déjà ». Les groupes que nous accompagnons ne gagnent pas en rapatriant des lignes ; ils gagnent en montant en gamme, en automatisant les étapes critiques et en vendant de la disponibilité plutôt que des pièces.

Trois leviers reviennent. D’abord, l’automatisation ciblée des postes où la Suisse perd mécaniquement : non pas tout robotiser, mais isoler les quelques opérations qui expliquent l’écart de coût. Ensuite, la servicisation — maintenance, pièces, données d’usage — qui déplace la marge vers l’aval. Enfin, la maîtrise de la chaîne d’approvisionnement, devenue un avantage concurrentiel à part entière depuis 2020.

La réindustrialisation qui tient n’est pas un retour en arrière. C’est une densification. Elle se décide usine par usine, pas dans un discours.

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